Voici un passage du « Yuanyundong De Guzhongyixue » (Le mouvement circulaire dans la médecine chinoise antique), écrit par Peng Ziyi (1871-1949) et revu par Li Ke (1930-2013). Cet ouvrage  est présenté comme un cours complet sur la théorie fondamentale de la médecine chinoise et sur la pharmacopée.

 

Le courrier numéro 2 portait sur la Terre du centre avec gancao, je reste donc dans le même mouvement avec un commentaire sur Lizhong wan. Cette formule nous vient du Shanghan lun, mentionnée aux articles 386 et 396, voici ce que nous en dit Zhang Zhongjing :

 

« Lizhong wan

 

Renshen, ganjiang, zhi gancao, baizhu. 3 liang de chaque.

 

Prendre les 4 produits ci-dessus, les piler puis les tamiser, les mélanger à du miel pour en faire des pilules grosses comme un jaune d’œuf. Broyer une pilule dans quelques dizaines de millilitres d’eau bouillante, administrer tiède, 3 à 4 fois par jour et 2 fois dans la nuit. […] Pour la décoction prendre ces 4 produits conformément aux grammages correspondants, les mettre dans 1600 ml d’eau, cuire jusqu’à obtenir 600 ml, filtrer, administrer 200 ml tiède, 3 fois par jour. Après la prise de la décoction au moment du repas, boire environ 200 ml de soupe de riz chaude, [si le malade] se réchauffe un peu, ne pas le découvrir. »

 

Le liang est une mesure de poids chinoise qui a variée avec le temps, il est généralement admis qu’à l’époque de Zhang Zhongjing (fin de la dynastie des Han de l’est) un liang faisait environ 15g. Pour Lizhong tang on obtient donc 45g de chaque produit ! Depuis longtemps déjà la plupart des praticiens réduisent fortement ces grammages.

 

Pour cette formule Peng Ziyi donne renshen 6 à 9g, baizhu 6 à 9g, ganjiang 3 à 9g, zhi gancao 3 à 6g.
Voici le commentaire qu’il en fait :

 

« [Lizhong wan] traite les maladies du désordre soudain (霍乱 huoluan)[1] de type froid contractés en été, avec vomissement en haut et diarrhée en bas, céphalée, mouvement sans force, pas de soif. Le pouls est grand et vide ou ténu et petit. Si le pouls de droite est plus ténu et petit que celui de gauche, la maladie est grave.

 

Le haut, le bas, la gauche et la droite de cette personne sont tous affectés. On ne traite pas le haut, le bas, la gauche et la droite, on utilise seulement la méthode de traitement du qi du centre (中气 zhongqi). Le corps humain est divisé en cinq parties, le haut, le bas, la gauche, la droite et le centre. Le qi de la partie haute descend par la droite. Le qi de la partie basse monte par la gauche. Le qi du centre réside au centre, pour faire tourner ( zhuan) la monté et la descente. […] Le qi de la partie haute ne pouvant pas descendre à droite, il y a céphalée. Le qi de la partie basse ne pouvant pas monter à gauche, il y a mouvement sans force. Mais cela provient du qi du centre vide et froid ne pouvant transporter et transformer au centre. Le qi du centre étant vide et froid, le qi de l’estomac Terre monte à contre-courant et il y a vomissement, le qi de la rate Terre s’affaisse vers le bas et il y a diarrhée. La rotation entrainée par l’axe central cesse, la montée descente des quatre pôles (四维siwei) s’inverse, le mouvement circulaire devient sans mouvement, c’est pourquoi le haut, le bas, la gauche et la droite sont tous affectés. Il n’y a pas de soif car il n’y a pas de chaleur.

 

Lorsque l’on parle de la rate et de l’estomac on doit les nommer rate Terre et estomac Terre. Car la rate et l’estomac se conforment au qi Terre de l’univers pour s’engendrer. La rate-estomac souffre de l’humidité car le qi Terre est humide. La rate-estomac souffre du froid car le qi Terre a sa racine au feu ministre, si le feu ministre est faible alors la Terre du centre est froide. Les mouvements de la Terre du centre sont la montée et descente. La rate et l’estomac se conforment au qi Terre, c’est pourquoi si le méridien de la rate est affecté alors il n’y a plus de montée, et si le méridien de l’estomac est affecté il n’y a plus de descente. Si l’on parle seulement de la chair de la rate et de l’estomac, alors humidité, froid, montée et descente n’ont pas de fondement.

 

Le grand qi[2] de l’été est chaud et sec au-dessus du centre, et froid et humide sous le centre[3]. Les personnes ayant un qi penchant vers le chaud et le sec, sont sensibles au chaud et au sec du grand qi, qui éveille le chaud et le sec de leur propre corps. Ainsi la chaleur et la sécheresse l’emportent, les liquides sont contraints, les mouvements ne sont plus circulaires, alors il se forme un désordre soudain (霍乱huoluan) de type chaleur. Les personnes ayant un qi penchant vers le froid et l’humide, sont sensibles au froid et à l’humide du grand qi, qui éveille le froid et l’humide de leur propre corps. Ainsi le froid et l’humidité l’emportent, la force de la chaleur s’éteint, les mouvements ne sont plus circulaires, alors il se forme un désordre soudain (霍乱huoluan) de type froid. […]

 

Dans cette maladie le qi Terre est humide et froid, le qi du centre est en grand vide.
Dans cette formule baizhu assèche l’humidité de la Terre du centre, ganjiang réchauffe le froid de la Terre du centre, [ren]shen et [gan]cao comblent (
)[4] le vide du qi du centre. La Terre du centre réchauffée transporte [à nouveau], le méridien de l’estomac retrouve sa descente normale et les vomissements cessent, le méridien de la rate retrouve sa montée normale et la diarrhée cesse. Le qi de l’estomac descend entrainant la descente du qi de la partie haute, les céphalées cessent d’elles-mêmes. La rate Terre monte entrainant la montée du qi de la partie basse, les mouvements [redeviennent] naturellement possibles. Le qi du centre se meut, ainsi toute la montée-descente se rétablit, par conséquent tous les maux se guérissent. Avec ces diarrhées dues au qi Terre humide et froid, les urines ne sont certainement pas libres. La Terre du centre étant humide et froide, son mouvement cesse, le qi Bois ne peut plus drainer et évacuer, c’est pourquoi les urines ne sont pas libres.

 

La Terre est délabrée, le centre est vide, donc le pouls est ténu et petit. Le pouls de la Terre est à droite, donc quand le pouls de droite est particulièrement petit, c’est le qi de la Terre du centre qui va s’échapper, c’est donc grave. Le yang est ruiné, le centre est vide, le pouls peut aussi être vide et grand. La maladie est plus légère quand le pouls est vide et grand que quand il est ténu et petit.

 

Le qi du centre de l’être humain est comme un essieu, les quatre pôles (四维siwei)  sont comme une roue, si l’essieu se meut la roue tourne, si la roue tourne l’essieu s’anime. Les méthodes [de traitement] de la médecine chinoise ne sont rien de plus que : la méthode de la mise en mouvement de l’essieu pour faire tourner la roue, la méthode de la mise en mouvement de la roue pour rétablir l’essieu, et la méthode de la mise en mouvement simultanée de l’essieu et de la roue. Cette formule correspond à la méthode de la mise en mouvement de l’essieu pour faire tourner la roue.

 

« Etre certain d’obtenir un résultat » (认定着落 rendingzhuoluo) est la formule clef de ce livre. S’il est certain que le qi Terre est humide et froid, alors [bai]zhu et [gan]jiang obtiendront un résultat. S’il est certain que le qi du centre est en grand vide, alors [ren]shen et [gan]cao obtiendront un résultat. S’il est certain que la montée à contre-courant et l’affaissement vers le bas sont dus au qi Terre humide et froid et au qi du centre très vide, alors cette formule « Lizhong » obtiendra un résultat.

 



[1] Shanghan lun article 382 : « [L’élève] demanda : Qu’est-ce que les maladies huoluan (霍乱) ? [Le professeur] répondit : vomissement avec diarrhée, on appelle cela huoluan. » Aujourd’hui huoluan désigne le choléra. huo : soudainement, subitement. luan : désordre, trouble, chaos.

[2] Par « grand qi » Peng Ziyi entend le qi de l’univers, de la nature.

[3] En été le yangqi est en pleine expansion, il est principalement en surface du globe c’est pourquoi il y fait chaud et sec, sous la surface, au contraire, il fait froid et humide car le yangqi y est moins abondant. Il se passe le même phénomène dans le corps humain. Ici le mot « centre » désigne donc la surface du globe, ou plus largement l’espace entre ciel et terre dans lequel les êtres vivants évoluent.

[4] bu : traduit ici par combler. Généralement traduit par tonifier. Peut encore signifier : rapiécer, réparer ; ajouter, compléter… Attention cependant à ne pas confondre les « toniques » des livres de phytothérapie française qui souvent sont des stimulant d’une activité physiologique et risque donc d’épuiser encore plus les organes en situation de vide, avec les « toniques » () de la mtc qui « comblent », « réparent » ce vide.

 

Écrit et traduit par Baptiste Deneuve, le 02/05/16.

 

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Les Courriers de la MTC N°3
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